vendredi 24 juillet 2009

J’ai toujours écouté beaucoup de films. Adolescente c’était pire. Je finissais immanquablement par me taper les mêmes : Virgin Suicides, de Coppola fille; Romeo & Juliet , version américaine; Sue, d’Amos Kollek.

Virgin Suicides met en scène cinq sœurs, blondes et belles et indolentes, et leur suicide collectif; le Romeo & Juliet de Baz Luhrmann nous montre deux adolescents rongés par un amour impossible, nourri de peu et démesuré – comme l’est souvent l’amour à quinze ans; Sue relate les tribulations pathétiques d’une femme perdue dans une ville trop grande pour elle, sans argent et sans ami, et qui tente de façon plus ou moins convaincue de garder la tête hors de l’eau.

La bande usée de ces VHS mal doublés témoigne aujourd'hui de ma nature obsessive: besoin bizarre de se retaper ad nauseum les mêmes maudits films dans la noirceur du sous-sol familial.

Chacune de ces œuvres traitent de la mort et de la solitude. À l'époque elles me donnaient l’illusion de me rapprocher de ma propre fin – que je voyais alors comme la seule option viable – et d’être enfin reconnue dans ma propre solitude. Et bien qu'il y ait longtemps que la mort ne m’attire plus – pour tout dire, elle me fait peur –, le sentiment de réconfort apporté par le visionnement de ces films me manque.

dimanche 12 juillet 2009

Un client, à qui je demande s’il va bien, me répond qu’il a envie de se tirer une balle dans la tête. Je rapporte l’incident à mes collègues, à la manière dont on relate une anecdote amusante. Nous nous agglutinons dans un coin (ricanements et malveillance). Une balle dans’ tête… en plein Tim Hortons! En tout cas c’est pas moi qui va passer la mope! Je ris très fort. J’ai déjà oublié mes quatorze ans: oublié les heures interchangeables et monotones, meublées par la télévision et l’internet; presque oblitéré de ma mémoire ce garçon assis derrière moi en mathématiques, jeune punk de banlieue aux yeux tristes et poignets fins, et dont j’avais gravé le prénom sur ma jambe, méthodique - amoureuse.

Une balle dans la tête! Vraiment! L’une d’entre nous utilise le mot ridicule. Plus tard je vais me réfugier dans la salle de bains réservée aux employées. Je tremble tellement que j'ai du mal à verrouiller la porte.

lundi 22 juin 2009

Tu irais
t'étendre parmi les pierres

à peine plus vivante

dimanche 21 juin 2009

Mon chum et moi, au IKEA. Le temps d’une séance de magasinage, nous cessons d’être un couple pour devenir un schéma – cette image de nous deux, achetant des meubles. Nous discutons style, couleurs, et ce vert est vraiment trop vert. Je nous vois marcher entre les rayons: irrésistible envie de retirer ma main de la sienne. Je dis que j’ai la nausée car je ne sais pas quels mots utiliser pour lui faire comprendre mon malaise (qu’il réalise à quel point toutes ces fausses pièces et leurs divans de faux cuir m’accablent).


Notre amour dénaturé, figé en une seule pose.

Ameublement parfait pour une vie parfaite.

dimanche 14 juin 2009

Tu t'arrêtais à chaque station
pour subir l'assaut de la foule
dans l'espoir indicible que quelqu'un te remarque
malgré la peur
malgré les masques

mercredi 10 juin 2009

Les jeunes filles dans leur posture
étroite


Choisiront la terrasse



L’une d’entre elles ouvrira la bouche


chargée de brillance

mercredi 3 juin 2009

(avec modifications)

Je reviendrai
Calme parmi les arbres
Les bêtes
Tout ce qui respire